Psychanalyse67.com

Un site unique pour la psychanalyse à Strasbourg et dans l'Est de la France Conférences Enseignements Formations Groupes de travail Publications
Accueil     Accueil Etudiants     Accueil PRO     Agenda     Conférences     La Section Clinique     ACF-Est     CPE     Annuaire     Liens     Textes     Galerie      
Prologue J.-A. Miller     Présentation     Argument 2011-2012     Module théorique & Conf.     Module pratique     Carnets cliniques     Inscriptions     Cercle Uforca      
Section Clinique de Strasbourg
Session 2011-2012

 
Clinique de l'événement de corps
    

Le sens commun met la recherche de la cause au principe du traitement de ce qui ne va pas. Cela est vrai dans la réparation des machines et des appareils, dans le traitement des maladies et aussi dans bon nombre de psychothérapies. Freud lui-même en a fait son point de départ avant d’y renoncer, moment décisif dans l’invention de la psychanalyse. L’invention de Freud n’est pas celle d’une cause, mais la mise en évidence de la place et de la fonction du symptôme dans l’édifice psychique.

 

Les parcours de Freud et de Lacan donnent au corps une place toujours plus importante dans l’élucidation du symptôme, non pas le corps biologique, mais le corps tel qu’il se manifeste à l’être parlant. Cette manifestation est marquée par son évidence, sa stupidité, mais aussi son authenticité. En dehors du domaine de la maladie physique, il passe par le corps des choses qui échappent à tout contrôle, qui surprennent, dérangent et parfois font souffrir, et dont bien souvent rien ne peut

rendre compte, mais qui s’imposent par leur constance, leur répétition ou leur particularité. Sensation, douleur, pâleur ou rougeur, emballement ou inertie de telle partie du corps, tyrannie des fonctions digestives, embarras de la voix, accroche du regard, l’événement de corps prend des apparences multiples, mais toujours échappe à la compréhension. La confrontation au savoir médical comme la recherche de significations peuvent donner lieu à des élucubrations savantes, voire convaincantes, mais restent bien souvent vaines.

 

Parler d’événement de corps, comme le proposait il y a plus de dix ans déjà Jacques-Alain Miller en promouvant cette heureuse expression de Lacan restée jusqu’alors inaperçue, inscrit le symptôme corporel dans une nouvelle perspective. Le symptôme du corps, lorsqu’il n’est pas celui d’une maladie somatique, n’est pas l’effet d’une cause cachée, mais il est événement, il fait sensation, il déroute le savoir et se pose dans sa singularité. Pris sous cet angle, il ne peut plus être ramené à un savoir établi, faute d’en manquer l’essentiel. Il impose d’élaborer un savoir au cas par cas qui est moins de l’ordre de la connaissance que du registre du savoir faire, savoir faire avec ce symptôme. Ce renversement non seulement donne au symptôme une fonction dans l’économie psychique, mais en fait un point de structure. Il bouscule aussi l’appréhension de la subjectivité en logeant la singularité non plus dans un trait, mais dans une manifestation symptomatique qui implique le corps.

 

Le dernier enseignement de Lacan que nous aborderons cette année jette les bases conceptuelles d’une clinique qui renoue de façon inédite l’inconscient, le rapport au corps et la jouissance. Cet enseignement est précieux tant pour la clinique des troubles psychiques que pour la clinique de troubles physiques dont le savoir médical ne peut rendre compte. Du côté du psychique, nous verrons que l’hystérie n’est pas seule à parler du corps, loin s’en faut, que l’obsessionnel tout aussi bien abrite ce corps au coeur de ses ruminations ou que le sujet psychotique y repère le signal de ses vacillements. Du côté médical, la clinique des symptômes irréductibles et incompréhensibles pourra trouver à s’étayer sur ces bases, notamment la clinique de la douleur. Plus généralement, nous verrons que les derniers séminaires de Lacan tentent de rendre compte d’une façon qui ne « déconne » pas du rapport improbable entre l’être parlant, le corps qu’il a, et la jouissance sexuelle qui lui fait énigme.

 

Pierre Ebtinger

 

 

retour accueil Section clinique

retour accueil Psychanalyse67