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L’art de l’efficacité
Ressorts et obstacles

La psychanalyse permet d’alléger bien des souffrances de la vie et apporte un point de vue nouveau sur l’humain. Elle n’est pourtant ni une psychothérapie, ni une psychologie. Elle s’en distingue fondamentalement en ceci : elle ne procède d’aucun modèle. Quelle est alors sa place dans l’ensemble des sciences ? Ainsi que le notait Lacan dans un texte récemment réédité , elle occupe dans notre monde recouvert de science une place comparable à celle des arts libéraux du Moyen Age, disciplines fondamentales par où l’homme formait son esprit et apprenait à se mesurer à l’intangible.
Ni technicien, ni pédagogue, l’analyste opère sur ce qui se présente en pariant sur les seuls pouvoirs de la parole. Cette action pourrait paraître magique ou de supercherie si elle ne démontrait son efficacité dans des situations bien réelles. Cette efficacité ne se mesure pas à l’aune de résultats connus ou escomptés, mais s’apprécie à partir des inventions trouvées au cas par cas. Cette différence fait de l’efficacité un des points de rencontre et de débat entre le discours de la science et le discours analytique. L’efficacité procède-t-elle de la méthode ou de l’art ? Le thème que nous proposons cette année indique notre penchant, et il s’agira d’en déployer les raisons.
Le psychanalyste est bien souvent requis lorsque tous les modèles et les techniques qui découlent de ces dernières ont échoués. Il est donc particulièrement rompu au traitement des problèmes insolubles. Les tracas et les embarras de la vie confrontent chaque humain au problème du modèle, et sur deux versants : soit le modèle existe, mais ne s’applique pas à la situation rencontrée, soit le modèle fait défaut. Dans les deux cas, un choix se présente : inventer un nouveau modèle ou se passer de modèle.
Parmi tous les modèles dont l’être humain se sert pour s’orienter dans sa vie quotidienne, il en est un d’usage constant, référence permanente du colloque singulier autant que du dialogue social, et qui n’est autre que sa propre personne. Ce moi dont la confiance, l’estime ou l’image sont sans cesse invoqués par tous ceux qui se préoccupent du facteur psy, semble une cheville essentielle lorsqu’il est question d’efficacité. Le raffermir, le reprogrammer, ou lui donner du lustre, telles peuvent être les visées d’une psychologie adaptative ; s’en débarrasser dans un renoncement au nom d’un idéal absolu est une voie qui a ses adeptes ; simplement ne pas le mettre à toutes les sauces et trouver dans l’altérité et l’innovation des ressorts plus sûrs à son action, telle est la voie ouverte par Freud.
Que ce soit dans la vie professionnelle ou dans la vie privée, les ressorts et les obstacles de l’efficacité ne peuvent être saisis sans une juste perspective sur ce que nous appelons « moi ». Lacan y a consacré une année de son Séminaire au début de son enseignement et n’a cessé d’y revenir par la suite. Nous le suivrons sur ce parcours qui non seulement nous enseigne sur la structure du moi, mais nous permet aussi de situer correctement les très actuelles questions du contrôle, de la régulation et de la communication chez les êtres humains. Nous apercevrons ainsi que ni l’objectivation d’une personnalité ou d’une situation, ni la définition d’une tâche et des moyens d’y parvenir ne suffisent à l’efficacité, et que la réussite comme le bonheur ne peuvent ignorer les paroles singulières et souvent oubliées qui nous lient aux autres et tracent les contours de nos satisfactions.
 
P.E.
 
 
 
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